Le blogging vu par Tristan Nitot
Suite aux septièmes Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, alias RMLL, les vidéos des conférences ont été mises en ligne. Après le visionnage de l'intervention de Tristan Nitot sur les blogs, j'ai ressenti l'envie de feebacker cette conférence et les propos qui y sont relatés. Au départ orienté vers un simple commentaire, ce billet s'est vu très vite transformé en véritable analyse (sommaire, j'en conviens) du "phénomène Blog".
La première partie de son speech s'oriente vers une problématique intéressante : "Pourquoi bloguer ?". Le premier argument évoqué serait ainsi le marketing. Certes, ce qui s'applique au niveau de Mozilla Europe et de Tristan Nitot ne s'applique pas forcément à tous, mais de là à évoquer le marketing comme une motivation première, j'en doute fort, quoi que, en y réfléchissant bien, il y a peut-être quelques exceptions... Non, je pense qu'avant tout, ce qui pousse à créer ses billets, son recueil d'information, ou même son "aide-mémoire", c'est avant tout la passion. La passion de l'informatique, des technologies nouvelles à laquelle vient s'ajouter l'envie de faire partager aux personnes ayant les mêmes centres d'intérêts que vous vos dernières trouvailles du fin fond du web ou vos dernières réflexions alambiquées.
A cela vient s'ajouter par la suite l'addiction et l'ego, qui montent en masse, d'autant plus lorsque l'on se considère comme un média. Et c'est vrai : les blogs sont un nouveau média, au même titre que la presse ou la télévision, sauf qu'ils ont l'avantage d'être le reflet d'une société et d'une diversité jamais égalée. La rencontre humaine se fait alors entre l'auteur et le lecteur, le partage s'instaure, à travers les trackbacks qui permettent le débat entre blogs-interposés ou encore mieux, sur les commentaires qui reflètent à chaud les réactions d'une partie de son audimat, même si l'on en fait les frais quelque fois.
Je ne rebondirais pas autant sur le fait de trouver un travail plus facilement à travers un blog. N'ayant pas d'expérience dans le domaine (j'ai encore le temps de voir venir), je ne m'aventurerais pas à démentir ou affirmer ces dires. Cependant, il me semble incroyable que cela marche pour tous les corps de métiers. Concernant les domaines informatiques, c'est fort possible, mais en tant que conducteur d'engins de chantier ça me semble plus difficile. Mais restons nuancés tout de même : les blogs politiques sont de plus en plus nombreux. Ajoutez à cela les blogs de juristes ou les blogs dont on ne soupçonnerait même pas l'existence et effectivement la blogosphère ouvre des perspectives toutes autres.
C'est bien intéressant, mais est-ce vraiment donné à tout le monde de bloguer ? Ou comment bloguer ? Telle est la question à laquelle l'auteur du Standblog a tenté de répondre. Trouver un sujet central est effectivement une technique de base à aborder dans toute création de site, qu'il s'agisse ou non d'un blog. Dans mon cas, je transgresse un peu cette règle pour me concentrer souvent sur des sujets divers et variés plus ou moins en rapport avec mon thème de base.
La rédaction d'article telle qu'elle est relatée peut sembler fastidieuse et morne. Fastidieuse est l'est certes, mais morne beaucoup moins. Si l'on se contente de relater des informations diverses, la routine prend vite le dessus suivie de l'ennui. La meilleure solution reste encore la composition. C'est dans la rédaction d'articles que l'on trouve la réelle inspiration qui nous mènera à une passion du blogging, à un réel partage. Là où les faits sont relatés pour la centième voir millième fois, c'est le fait de développer la réflexion et la recherche qui fera que le blogueur se sentira utile. Le but est avant tout de rechercher une certaine satisfaction personnelle qui n'émanera que dans la diversité, l'originalité. Ce n'est pas le fait de relater les faits plus que la "valeur ajoutée" qu'on y apporte qui rend tout l'intérêt du blog.
L'agrégateur est un outil formidable permettant de centraliser les nouvelles informations et des les condenser. Mais le fait de le décrire sous tous ces angles peut en attirer certains comme contenter ceux qui peut-être auraient fouiné plus loin par eux même mais qui, pensant avoir tout découvert là n'y toucheront jamais, leur curiosité assouvie. C'est un choix de présentation discutable je l'avoue, le débat ne se porte pas là mais je tenais à la dire en cas d'une prochaine conférence sur le sujet. De même, l'éditeur de texte est un outil banal qui ne mérite je ne pense pas autant d'attention que cela. S'appuyer sur son expérience personnelle, même si elle est en l'occurrence très conséquente, schématise selon moi la démarche et ne montre pas la liberté que l'on peut voir à travers le blogging. Ce paragraphe qui, vous me l'excuserez reste assez terre à terre et plutôt destiné à Tristan Nitot lui-même est nécessaire, on critique tout ou rien, dans mon cas, je critique la prestation dans son intégralité. 
Replongeons nous dans nos réflexions pour aboutir à la rédaction de billets. Il est certain que les thèmes abordés dans les billets sont souvent hasardeux pour la bonne et simple raison que l'écriture est tributaire du contexte économico-politique du moment de l'écriture. L'auteur est tributaire de son époque, comme tout écrivain que ce soit au moyen-âge aussi bien qu'à l'aube de ce troisième millénaire. L'auteur est aussi assujetti à ses humeurs passagères qui feront que tel billet sera préféré à un autre, que tel propos sera tenu de telle manière. Bref, vous l'aurez compris, la linéarité n'est pas de mise.
Mais la rédaction en elle-même doit-elle vraiment se baser sur une réflexion s'étalant sur plusieurs jours ? A mon avis non. Il existe bon nombre de types d'auteurs : certains réagissent à chaud, certains attendent des semaines. A mon avis, tout dépend du sujet abordé. Dans ce cas, je vais parler de mon expérience : alors qu'un article se travaille, est écrit, remanié, et même pensé plusieurs semaines à l'avance, je laisse, pour mes billets, glisser mes doigts sur le clavier. J'ai alors un sujet de départ, quelques fois un lambeau de plan mais avant tout une idée. Je sais d'où je pars mais jamais où j'arrive, quoi que bien souvent la chute m'apparaît avant le contenu. Comme je l'ai toujours fait pour toute épreuve écrite, la réflexion précède l'écriture de quelques secondes à peine. Une phrase débute alors que l'autre finit de s'écrire. De la réflexion, il y en a. De la retenue aussi : quand je ne suis pas certain de mes propos, je m'abstiens. Quand un sujet me parait trouble, je ne fais pas de billet.
Tout ça pour dire que les blogueurs sont, à l'image de leur élément : la blogosphère, divers. Cette diversification est à l'origine du succès de ce média qui a encore un bel avenir devant lui. Il permet aux lecteurs d'assouvir leur soif de connaissances sur un domaine à la fois peu courant et à l'auteur d'entretenir son ego. Le reste, c'est uniquement du plaisir, une passion, une envie avant tout. Que vous ayez 300 000 ou 100 pages vues, le moteur qui vous pousse à continuer est le même. Alors, pour reprendre la conclusion de Tristan, oui ça prend du temps, oui ça mérite quelques sacrifices, mais pour le compte, ça en vaut la chandelle. 

Commentaires
Très bon compte rendu.

Tes remarques sont pertinentes
Tchaw.
Si j'ai parlé de bloguer pour faire du marketing (en fait, c'est pour donner de la *visibilité* au phénomène Libre), c'est bien parce que je m'adressais à des gens impliqués dans le Libre, puisque nous étions aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre...
Le discours que j'ai tenu n'a aucune prétention universelle d'expliquer le phénomène des blogs. Les blogs, les outils de blogs, les hébergements d'outils de blog, je n'en vends pas. Par contre, je pense que les Libristes feraient mieux de bloguer un peu plus pour compenser la faible visibilité du secteur, issu du fait qu'il est en partie non marchand (donc pas de budget marketing associé dans bien des cas).
Par ailleurs, je n'ai fait que décrire *mon* modèle de fonctionnement, à base de billets "en vrac". Chacun fait comme il veut... J'ai juste voulu très modestement expliquer pourquoi et comment cela fait 4 ans que je maintiens le Standblog.
C'est vrai qu'en replaçant le contexte, certains propos s'expliquent d'eux-même et j'ai peut-être eu tendance à l'oublier.
La prétention d'expliquer le phénomène du blogging c'est plutôt moi qui l'ai. Je pousse simplement un petit peu plus loin la réflexion qui est entammée dans ta conférence (si tu me permets de te tutoyer malgré la différence d'âge. Selon Loïc Le Meur c'est une coutume à laquelle il ne faut pas manquer pour marquer la proximité de ce média qu'est le blog, mais ceci est une autre histoire.)
Pour ce qui est du blogging "libriste", je suis d'accord avec toi. Les logiciels libres méritent plus de visibilité sur internet. Leur donner l'image d'une communauté engagée et passionnée à travers les blogs des principaux acteurs du domaine peut être une bonne chose.
Savoir comment tu organises ton blogging est intéressant, j'en conviens. Mais il aurait suffit d'une ouverture, d'un mot supplémentaire pour ne pas instaurer comme un "modèle", un "gabarit" et reflèter la diversité des blogueurs qui reflète aussi la diversité de la blogosphère qui en découle. Ton expérience est un modèle, c'est certain. Peu de blogueurs peuvent se vanter de rassembler autant de monde sur un blog depuis 4 ans maintenant. Partager cette expérience est légitime et je ne le condamne pas, bien au contraire.
Je pense qu'on peut percevoir dans la vidéo que j'ai abordé le sujet avec une grande humilité : j'ai été certes militant sur la nécessité de donner de la visibilité au Libre, mais pour ce qui est de la méthode, je n'ai fait que partager mon expérience, sans penser une seule seconde que c'était la "seule" façon de faire ni même la "bonne".
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