Cette victoire des Stroumpfs face aux "All Greys" étant désormais réalité, concentrons nous sur un sujet un peu plus sérieux, quoi que : la gestion de communautés spécialisées en ligne. En effet, pour avoir pas mal baroudé sur ces dernières depuis que l'accès au Web m'est permis, j'ai, au travers de la modération, de l'animation ou tout simplement de la participation à certaines communauté, fait face à divers cas tous aussi spécifiques les uns que les autres. A chacun de ces cas une singularité qui s'imposait, souvent d'ailleurs comme un impureté que l'on voudrait enlever, un problème lié à la gestion de la communauté mais également à ses membres.

En effet, les principaux problèmes inhérents à la gestion d'une communauté spécialisée sont, comme il est rappelé sur le dernier billet du blog d'Alsacréations qui motive d'ailleurs l'écriture de cet article, les différents niveaux de connaissance et d'expertise des membres. En effet, qui dit communauté spécialisée dit domaine d'expertise, or cette même expertise ne vient pas toute seule, elle s'acquiert avec le temps, l'apprentissage et l'expérience. Il y a donc une logique d'évolution de l'état de connaissance des membres qui implique que les meilleurs d'un domaine particulier côtoient des débutants qui généralement arrivent avec peu ou pas de bagages.

Généralement, ces gourous aiment enseigner leur savoir (à quelques exceptions près) mais en oublient qu'en plus d'être fait d'apprentissage, ce même savoir est complété d'une expérience qui automatise le traitement de certains problèmes alors considérés comme des évidences. De là, naît une incompréhension entre les gourous et les novices qui peut se révéler explosive, d'autant plus d'ailleurs si l'on oblige le premier à répéter la solution à un problème pour la (n+1)ème fois. D'où l'apparition de quelques tensions entre les membres ayant différents niveaux de connaissance et l'impression d'un accueil froid vis à vis de celui qui vient se perdre pour la première fois sur le forum en question par exemple.

Mais comme le dit si bien Florent V, le pire de tout pour l'expert est l'absence d'une quelconque conscience qualitative du novice par rapport au travail déjà réalisé et sur lequel porte la question alors posée. Obnubilé par sa démarche qualitative automatique, le gourou va s'insurger de voir un tel travail (une source de site web, une portion de code, une création graphique, ou que sais-je encore) et critiquera froidement le produit sans pour autant répondre à la question. Ceci est une erreur monumentale pédagogiquement, puisque les risques de braquer ainsi le novice fier du travail jusqu'alors effectué est grand. Ainsi, plus grands sont les risques qu'il campe sur sa position.

La réponse apportée à la question posée par le débutant doit donc être adaptée à la problématique originelle mais également à la démarche de résolution qu'il a alors suivi jusqu'à présent : difficile pour celui qui a l'habitude à une démarche qualitative de l'abandonner pour se mettre à la portée d'un novice afin de résoudre son problème et ensuite l'aiguiller vers une amélioration du produit en question. La pédagogie est un art qui n'a rien de naturel ni d'évident.

Ainsi nous avons des novices d'une part, des experts de l'autre, et tout un tas de gens au milieu qui ont chacun des raisons différentes pour êtres présents sur la communauté en question. Les novices peuvent chercher la réponse à une question technique ou à une question d'ordre général, toutes deux associées à un problème ponctuel, ils peuvent également, par leur assiduité, rechercher l'apprentissage et donc vouloir acquérir les bases techniques nécessaire à la réalisation de ce que qu'ils veulent. Les experts quant à eux, cherchent soit à enseigner, soit à apprendre et échanger au contact d'autres experts.

Si des experts s'en vont, d'autres experts n'y trouveront plus leur compte et s'en iront à leur tour. Si tous les experts ou presque s'en vont, ce sont les novices qui n'y trouvent plus leur compte et petit à petit, la communauté meurt. Il est donc important de conserver les intérêts de chacun pour conserver une communauté réactive et dynamique : le problème consiste donc à trouver un compromis entre apprentissage et perfectionnement ou ébauchage d'une base de connaissance et élitisme. A ce jour, je n'ai trouvé aucune communauté qui satisfasse pleinement à cette condition, preuve qu'il y a encore moyen de creuser le concept de communauté pour s'approcher d'une communauté spécialisée à la fois préoccupée par les novices et les plus expérimentés.