Ce billet est la seconde partie d'une série de deux. Vous pouvez retrouver le premier épisode par ici.

Presse

Suite et fin du questionnaire en deux parties entamé hier à propos de l'évolution des médias dans les vingt prochaines années, voire peut-être un peu plus. Après s'être questionné sur l'avenir de la presse et de la télévision, abordons aujourd'hui les domaines du cinéma et de l'internet pour voir quelle révolution (si révolution il y a), peut réellement les animer et peut façonner leur futur. L'exercice n'est pas vraiment facile : pouvions nous prévoir il y a quinze ans de cela, alors que le Web était encore jeune, l'importance qu'il allait prendre ? Prévoir son avenir aujourd'hui est un exercice toujours aussi délicat, mais qu'importe, je vais de ce pas m'y risquer. Vous me suivez ? :-)

CINEMA

1) Pour vous les salles de cinéma dans 20 ans auront-elles changé ?

Si le septième art n'évoluera au final que peu dans sa forme, ce sera la technologie qui évoluera. L'arrivée de la HD dans nos salon marquera l'arrivée dans les salles de projection d'une qualité de l'image de plus en plus bluffante. Quant au son ? Difficile de songer faire mieux que le Dolby actuel, et pourtant ! Lorsque la technologie arrivera dans le cinéma, l'immersion sera totale, mais au final, les règles du septième art n'auront que peu changé par rapport à ce qu'elles étaient.

2) Qui seront les producteurs du cinéma dans 20 ans ?

Là encore, je pense que peu de choses changeront dans le mécanisme du cinéma et qu'au final, les acteurs du cinéma d'aujourd'hui resteront les acteurs de demain. Le malaise qui peut se faire sentir sur les autres médias et qui pousse au changement semble absent du domaine cinématographique qui continue peu à peu son petit bout de chemin sans réellement prendre de tournant décisif.

3) Quel pays sera le plus grand producteur de cinéma ?

Qui d'autre que les américains avec un budget totalement démesuré pour la créations de blockbusters peut intenter à cette première place ? Ce n'est pas à mon sens en vingt ans que nous allons renverser la balance d'une manière ou d'une autre.

INTERNET

1) Si vous deviez imaginez le Web dans 20 ans, il serait comment ?

Le Web a tellement évolué ses dernières années qu'il pris de nombreux voyants autoproclamés au dépourvu lorsque certaines technologies ou certains usages inattendus ont émergés. Web 1.0, Web2.0, Web 3.0, tout cela n'est que foutaise et le Web de demain sera le même qu'aujourd'hui. Je crois beaucoup au développement des services de proximité sur Internet, aussi bien urbains que ruraux puisqu'il s'agira là d'une véritable aubaine pour eux de se faire connaître et de toucher une nouvelle clientelle, d'autant plus que la démocratisation du Web mobile permettra la création de services toujours plus utiles. Quand à l'identité numérique cette fois, l'internaute formulera de plus en plus le souhait de la contrôler. Alors que des solutions auront émergées à droite et à gauche depuis quelques années, les fournisseurs d'accès devront au final opter pour une solution qu'ils intègreront directement à leur offre et la certification d'identité deviendra un standard.

Les blogs, loin de disparaitre, fusionneront avec les nouveaux systèmes de communications qui sont entrain de se développer (microblogging avec Twitter, microvlogging avec Seesmic) puisqu'au final, la décentralisation de l'information publiée sur la toile ne se révèlera pas être une solution viable pour certifier son intégrité et sa pérennité. Les canaux de diffusion de l'information de demain seront semblables à ceux d'aujourd'hui : une page sur laquelle on publie du contenu, mais c'est la publication de ce contenu qui changera de forme puisque cette forme pourra être plurielle et pourra au final combler tous les besoins actuels qui justifient cette décentralisation de l'information produite par une seule et même personne.

Encore une fois, il est difficile de cerner la globalité des domaines que regroupe le Web et le futur du Web ne nécessiterait non pas une simple question, ni même un billet, mais bel et bien un blog à part entière. Impossible donc d'être exhaustif et concis à la fois, mais ce qui est certain c'est que le Web de demain suivra la voie qui a commencé à être défrichée, à moins que son successeur n'arrive plus tôt que prévu...

2) Quelles dérives Internet pourrait-il entraîner dans le système médias ?

La gratuité de l'internet et de l'information que l'on peut y trouver va amener petit à petit la création de nouveaux modèles économiques. La gratuité n'est pas synonyme de déficit comme l'ont brillamment montrés quelques entreprises basées sur le logiciel libre et gratuit, il s'agit simplement de réorganiser le modèle économique pour trouver une source de revenus alternative à la vente du contenu et pour continuer ainsi de croitre. Internet va donc pouvoir introduire la gratuité au moins partielle des contenus produits et/ou distribués par les médias quels qu'ils soient. De toute façon, l'ampleur du phénomène internet est tel qu'à l'avenir, négocier face au piratage ou face à tout autre dérive ne sera plus une solution viable : il faudra que les médias comprennent que loin d'être un handicap, ces dérives peuvent également être de formidables atouts et qu'il leur faudra se les mettre de leur côté pour éviter d'être totalement dépassés par ces phénomènes.

3) Quelles solutions trouvera-t-on au problème du piratage ?

Je parlais juste au dessus de rentrer dans le jeu des dérives pour en tirer profit et je le pense sérieusement. Je ne parle pas d'une impunité totale du piratage, loin de là, mais d'une tolérance qui peut amener à la cohabitation tout en évitant les excès d'un côté comme de l'autre. La solution face au piratage ne passe de toute manière pas par la répression et l'éradication de ce dernier puisque c'est chose quasiment impossible. L'analyse de l'origine de ce phénomène pourra amener bien des solutions alternatives et bien des compromis entre les deux partis que sont le consommateur et le distributeur pour au final que personne ne soit perdant. Une fois de plus, on pourrait débattre pendant des heures sur un tel sujet.

4) Quelle influence Internet aura-t-il sur la relation du citoyen à la politique aussi bien dans les démocraties que dans les régimes plus répressifs ?

Un seul mot : "proximité". D'un clic, la politique semble plus accessible à tous et notamment aux jeunes, ceux-là même qui n'ont pas le temps de suivre les débats télévisuels ou qui se noient dans la masse d'informations noyées dans les discours interminables des politiques. Avec internet et notamment le Web, il est possible de comparer des avis, des points de vues, des sources et des analyses et tout cela dans des délais relativement courts. Facile alors de se forger un avis même sur un sujet que l'on ne maitrise pas entièrement, facile également de se tenir à la page, et de plus en plus difficile pour les politiques de noyer le poisson, aussi bon nageur soit-il. L'intérêt envers la politique ne va cesser de croitre à mon humble avis avec la popularisation de l'internet et sa pénétration dans les foyers français.

Il y a une chose en laquelle j'aime croire, c'est au côté profondément démocratique de l'internet puisque c'est la pensée du peuple, exprimée par le peuple et ce pour le peuple. Ainsi, partout où l'internet s'immisce il est possible d'entrevoir la lueur de la démocratie. Les régimes les plus répressifs ont bien du mal à contrôler l'internet et rien ne dit qu'il y arriveront indéfiniment, laissant aux peuples le moyen de s'apercevoir que la puissance de leurs chefs s'assoit sur eux et qu'il ne tient qu'à leur désir de liberté de faire s'installer chez eux la démocratie comme d'autres l'ont fait bien avant. C'est peut-être utopique et idéaliste de ma part que de penser cela, mais j'aime croire qu'il n'en est rien.

5) Qu’est-ce qui vous rend le plus optimiste quant à l’évolution des médias dans 20 ans ?

Ce qui me rend profondément optimiste, c'est que nous sommes avant tout dans une période carrefour, faite de choix cruciaux et de changements radicaux et que nous voyons le futur se dessiner petit à petit sous nos yeux parfois même sans s'en rendre compte. Les technologies, les mentalités et les besoins évoluent parallèlement pour forger ensemble l'histoire des médias d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Un tel ensemble de synergies ne peut être que positif et ne peut que mener vers le progrès, même si le progrès fait parfois peur à quelques personnes qui refusent l'écoulement du temps.

6) Et qu’est-ce qui vous rend le plus pessimiste ?

Ces gens qui n'acceptent pas qu'un époque soit révolue soulèvent en moi des craintes de plus en plus forte puisque ces personnes sont bien souvent à la tête de sociétés, de grand groupes sans lesquels le progrès ne peut se faire ou pire encore, qui freinent le progrès et qui tentent de le stopper parce qu'ils ne le comprennent pas. Cette réaction est malheureusement fréquente et empêche une évolution naturelle de se faire sans douleur puisqu'en naissent des combats incessants, à la fois éthiques, idéologiques et juridiques qui sont infructueux.

GENERAL

1) Le cinéma du XXIeme siècle sera-t-il plus influencé par la Xbox que par les frères Lumière ?

Place à la subjectivité puisque pour moi, la console de jeux dénommée Xbox est bien plus ringarde que les frères Lumière. Pourquoi ? Tout simplement parce que les frères Lumière incarnent l'innovation et l'inventivité. J'attends au tournant le premier qui pourra m'affirmer que la Xbox est le fief de l'innovation, qu'il s'agit d'un objet technologique de dernière génération qui va révolutionner les foyers. Personnellement je serais prêt à le croire si l'on m'en apportait les preuves, m'ai j'en doute. Mais cessons de tergiverser : le cinéma n'est, comme je l'ai précisé auparavant, pas prêt de changer et je ne vois rien en la Xbox qui puisse révolutionner son concept. Cela ne va pas dire qu'il n'évoluera pas technologiquement parlant puisqu'il ne pourra pas y couper, mais au final, le cinéma restera dans l'esprit de l'invention des frères Lumière.

2) Sur quels supports consultera-t-on principalement l’information en 2028 ?

Peu importe le support, le fait est que l'on consommera de l'information, et ce sous toutes les formes possibles et imaginables : texte, audio, vidéo, etc. Le support ne sera lui que secondaire. Il pourra s'agir d'un téléphone portable, d'un ordinateur, de papier traditionnel ou même de e-paper (voire de eee-paper, qui sait ? ;-) ), ni le support ni le format ne sera primordial puisque de toute façon la technologie s'effacera pour laisser place au contenu, c'est à dire à l'information même.

3) La consommation à la demande a-t-elle déjà gagné la partie face au “broadcasting” ?

Rien n'est encore joué, mais la transition se fera peu à peu. Non que le broadcasting disparaitra, mais il sera mélangé à la consommation à la carte pour donner un mode de consommation beaucoup plus libre pour le spectateur sans pour autant s'affranchir des qualités du précédent. La nuance entre direct et différé s'amenuisera et la notion de programmation passera de l'état de diffusion d'un programme à l'état de mise à disposition de ce dernier sur un canal. Ce n'est pas de la VOD, ce n'est pas du contenu linéaire, c'est un mixe entre les deux qui permet de contenter deux partis.

4) Qui seront les maîtres des contenus dans 20 ans ? Télévisions ? Opérateurs mobiles ? Editeurs ? Producteurs ?…

Chaque secteur ayant sa particularité, il est difficile de penser que quelqu'un puisse porter une énorme casquette avec tous ces titres de manière à avoir l'exclusivité sur le contenu. Je pense au contraire qu'ils travailleront ensemble d'un côté pour le marché télévisuel et d'un autre pour le marché mobile. Le contenu n'appartiendra au final à personne d'autre que le consommateur qui le choisira, puisque demain est avant tout fait d'alternatives et de choix, tant au niveau du contenu que de sa consommation. La notion de maître des contenus n'a au final pas de sens autre que la fonction du consommateur qui détermine ce qu'il souhaite consulter.

5) Subsistera-t-il en 2028 un titre de presse écrite d’avant l’Internet ?

Il est probable qu'un titre de presse écrite subsiste mais du moins pas uniquement dans cette forme comme je l'ai expliqué hier. Seul, le média papier risque gros, tandis qu'allié avec d'autres formats, il reste prometteur et plein d'avenir. Maintenant, chacun sait que la presse traditionnelle s'accroche à ses valeurs et peine à les remettre en question, ce qui pourrait leur valoir leur place dans un futur qui se dessine dès aujourd'hui. Seront-il assez prompt pour saisir l'opportunité qui s'offrira à eux le moment venu ? Nul ne peut le savoir... On se donne rendez-vous dans vingt ans pour faire le point ?