Avant propos : Vous l'aurez compris, je ne suis ni un spécialiste du logiciel libre, ni un économiste qualifié. Ce billet n'est donc qu'une modeste analyse de la situation qui n'engage que moi et qui peut comporter des lacunes et imperfections, mais je ne demande qu'à l'améliorer alors n'hésitez pas à apporter votre contributions à la discussion en commentaire.

La crise économique, voilà plusieurs semaines voire plusieurs mois qu'elle est sur toutes les lèvres. Elle cède peu à peu la place au Mot qui effraye les ménages de par leur ignorance du caractère cyclique de son apparition : la récession. Voyons encore plus loin et parlons, comme certains le font sans ménagement, de dépression, ultime étape s'il en est de la décadence de notre économie. Mais tandis que les cours s'effondrent, un secteur résiste encore et toujours à l'envahisseur, j'ai nommé le logiciel libre. Tentons ensemble de décrypter ce phénomène.

Les domaines qui concentrent leur activité autour de la technologie se prennent actuellement une grande claque dans la figure économiquement parlant. S'en suivent une course à celui qui licenciera le plus vite pour survivre le plus longtemps et un phénomène de ralentissement des dépenses destiné à sauvegarder les fonds levés par certaines start-ups à l'instinct plutôt dépensier. Dans ce cas, il s'agirait plutôt d'un retour à la normale qui devenait nécessaire (voir à ce sujet le billet Et sinon, ça paye le Web 2.0 ? publié en août dernier).

L'industrie du logiciel libre, quant à elle, reste silencieuse et ne se plaint pas. Une bonne raison à cela est que son économie est pour sa majeure partie déconnectée du système économique qui régit les autres entreprises techno. En effet, pour simplifier, considérons que le logiciel libre a une économie centrée sur deux grandes activités que sont le mécénat et la vente de services.

  • En ce qui concerne le mécénat, l'activité semble liée aux autres entreprises. Il serait donc logique qu'une baisse de leur activité ou qu'une réduction budgétaire se répercute sur les dons à l'industrie du libre (qu'ils soient financiers comme humains, certaines entreprises employant des développeurs dont le le job consiste à participer au développement de projets libres). Cependant, il n'en est rien, puisque le logiciel libre reste une alternative moins onéreuse que le développement "from scratch" d'une application propriétaire. Le manque de liquidité pousse également certaines entreprises alors en prise aux logiciels propriétaires à se tourner vers des solutions gratuites.
  • Du côté des services cette fois, l'afflux de nouveaux utilisateurs de logiciels libres crée de nouveaux besoins associés à l'adaptation aux besoins de l'entreprise en question ou au déploiement de ces derniers sur une architecture spécifique. Si le mécénat s'acquitte pour une part de cette tâche, les éditeurs de logiciels libres qui s'orientent vers la vente de services verront également leur activité augmenter proportionnellement à l'adoption de leurs solutions logicielles par ces entreprises.

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin : comme l'explique si bien Nat Torkington dans son billet Effect of the Depression on Technology, si les gens ont plus de temps que d'argent, il est désormais possible de voir fleurir de nouvelles contributions individuelle à des projets libres ou open source. Ne sous-estimons pas le pouvoir marketing du libre qui, mine de rien, sait mettre en avant ses avantages : preuve en est avec la récente publication d'un livre blanc sur l'estimation des coûts de développement d'une distribution Linux comportant quelques chiffres hallucinants (merci Tristan pour le lien).

Je ne peux m'empêcher, en conclusion, de reprendre la formule de Torkington selon laquelle les utilisateurs sont attirés par le prix du logiciel libre et sont conquis par sa qualité[1]. Si cette devise s'avère vraie, de nouveaux adeptes du libre devraient voir le jour sous peu et, comme vous et moi le savez, l'essayer, c'est l'adopter : voilà qui présage donc une croissance sur le long terme. Croyez moi, l'économie du libre a encore de beaux jours devant elle. ;-)

Notes

[1] The saying I use is, "come for the price, stay for the quality".