Le libre est un mouvement qui place la collectivité en son centre pour s'enrichir de la puissance de la masse. Ainsi, la sociologie du logiciel libre n'est-elle pas une totale abstraction mais belle et bien une réalité des plus complexes. Tâchons ensemble de la décrypter afin de l'expliquer au commun des mortels.

Pour comprendre ce phénomène, tâchons de le définir simplement. Un individu crée un logiciel, fédère une communauté d'utilisateurs dont une infime partie va à son tour exploiter son potentiel pour intervenir dans le processus de création. Le logiciel ainsi modifié dispose d'un panel étendu de possibilité qui va permettre d'attirer de nouveaux utilisateurs, et ainsi de suite.

La communauté qui se forme autour d'un logiciel libre est tout d'abord plurielle en cela qu'elle est constituée de personnes mues par différents intérêts envers ce logiciel : des personnes morales ou physiques sont attirés par chacun des avantages d'une telle solution qui sont (entre autres) la gratuité, l'évolutivité, les fonctionnalités ou encore la malléabilité de ce dernier. Tout ceci fait qu'ils ont chacun tendance à vouloir voir évoluer le logiciel qu'ils ont choisi d'utiliser et ce dans des directions parfois bien différentes mais jamais totalement contradictoires.

La communauté s'organise peu à peu, des développeurs aux utilisateurs avertis et chacun a, comme dans une véritable société, son rôle à jouer : rédaction de code, rédaction de rapports de plantages, rédaction de la documentation, support sur les forums, etc. Comme dans toute société, chaque utilisateur peut trouver sa place indépendamment de son niveau de connaissances.

La hiérarchie s'établit peu à peu puisqu'il faut, à mesure que la collectivité s'organise autour d'un projet, répondre d'une voix claire et distincte aux questions importantes d'orientation de la communauté et des différentes branches qui la composent. Seulement elle tend à s'effacer pour garder intacte le potentiel de création de cette dernière qui est en fait le véritable moteur du logiciel.

L'un des rôles principal de cette hiérarchie constituée au mérite est de lancer et d'entretenir la discussion au sein même de la communauté sur des questions importantes et de trancher le cas échéant entre deux propositions qui ne peuvent être suivies simultanément sans qu'il y ait conflit. C'est ce qui se passe actuellement lorsque la Mozilla Foundation propose aux membres de sa communauté de déterminer ses objectifs pour 2010.

C'est en cela que le logiciel libre est fascinant : il s'agit de la preuve que la collectivité dispose du pouvoir de faire de grandes choses lorsqu'elle s'allie. Le fonctionnement même d'une communauté est à elle seule une mini-démocratie qui, bien qu'elle soit peu complexe, s'est formée naturellement et laisse présager que l'homme est ni plus ni moins qu'un animal social. Le logiciel libre est bien plus qu'un mouvement économique, c'est aussi quelque part une idéologie fédératrice.