Si les trois premières dimensions sont dédiées à l’espace et la quatrième au temps au plus précisément à l’espace temps et que ces quatre dimensions régissent la physique fondamentale de notre existence, il est un endroit où elles n’ont pas lieu d’être. Newton doit se retourner dans sa tombe : le principe de relativité d’Einstein est plus que jamais vérifié dans ce nouveau référentiel (dont le caractère galiléen est bel et bien réfuté) qu’est l’internet.

Oubliez tous les axiomes et théorèmes qui vous sont chers car ici les variables de temps et d’espace n’ont pu lieu d’être. En des termes nettement plus scientifiques : c’est la fin des haricots. Dérivons donc l’équation improbable de l’hyperconnectivité par rapport aux variables d’espace : toutes les fantaisies sont imaginables. Créer un site de vente de statuettes de la tour Eiffel pour le marché japonnais depuis la Floride n’est plus une hérésie, contacter en un tour de mail un ami situé à deux continents et trois ou quatre de mers de nous est devenu une démarche courante. L’international est a portée de main ou, devrais-je dire, de clic et les frontières s’évanouissent sous vos yeux ébahis.

Les internautes occasionnels comme confirmés le savent : il est très facile de céder à la procrastination des heures durant devant son écran sans même s’en apercevoir. Ce qui parait être une minute sur Internet peut se révéler être un bon quart d’heure dans le vie "réelle". L’âge d’un internaute est calculable de la même manière que celle d’un chien, puisqu’il suffit de multiplier le temps que l’on estime avoir passé sur le net par un facteur multiplicatif proche de sept pour avoir un ordre d’idée du temps réel passé online.

Mais au delà de ces problématiques de bases, une autre propriété du Web est de permettre d’intemporaliser certaines informations. Internet est le marché des rumeurs : lancez en une à un endroit, vous la reverrez apparaitre tôt ou tard, parfois même après plusieurs années sans qu’elle n’ait pris une ride. Ceux-là mêmes qui s’insurgent de la une de Libération qui parle de Twitter un an après qu’ils en aient parlé sur leur propre blog (quelle honte !), devraient prendre conscience qu’ils en ont eux même parlé un an après que les early adopters n’aient disséqué le phénomène sur leurs propres pages. Ainsi le cheminement de l’information prend des caractères atypiques et passe d’une catégorie d’utilisateurs à l’autre en s’affranchissant des contraintes temporelles habituellement intimement lié à la définition de "nouvelle".

Mesdames et messieurs, plongez dans cet univers qui bouleverse les règles pré-établies; l’ordre, la hiérarchie, l’espace, le temps, tout est à réinventer dans cet univers parallèle en pleine construction. Les métavers souhaitent donner un sens physique à cette faille spatio-temporelle pour coller à l’idée que nous nous faisons d’un univers et permettre une représentation, un schéma mental du concept même de la galaxie internet. Mais finalement, la réintroduction de variables de temps et d’espace dans un univers qui s’en affranchit par essence ne finirait-elle pas par le dénaturer ou même par détruire sa spécificité ?

Messieurs les physiciens, abandonnez vos modèles approximatifs qui ne collent pas à cette nouvelle réalité, laissez place aux mathématiciens qui, à force d’abstraction, vont faire de ce nouveau monde un territoire conquis. Définir de nouveaux éléments, de nouvelles règles et propriétés en tous genres, voilà ce qui fera de ce monde un monde unique, polymorphe à la puissance inégalée. Surréalisme ? Peut-être. Folie ? Très certainement. Mais comme le dit si bien Gustave Parking, Seule la crainte de la folie nous fera descendre le drapeau de l’imagination.