Dernier jour de cours. Un peu mal au crâne à cause des excès de la veille et un peu à la bourre après un réveil difficile. Peu de personnes présentes lors des premières heures de cours : la soirée de la veille a laissé quelques places vacantes et quelques cernes sous les yeux des quelques personnes présentes. C’est parti pour deux heures de physique, puis pour deux heures de mathématiques, comme quasiment chaque matin depuis la rentrée de septembre.

Après chaque cours, nous avons le droit à un petit laïus des professeurs sur l’organisation et l’hygiène de vie que nous avons grand intérêt à respecter pendant les quelques semaines à venir. Le pot de fin d’année s’annonce alors que midi approche. On sort les verres, les bouteilles de champagne, les amuse-gueules et autres cochonneries destinées à nous emplir le ventre dans cette salle de classe transformée l’espace d’un instant en un précaire banquet.

Alors que l’on s’attendait à de la joie, des rires et des larmes, arrosées par quelques rayons de soleil comme ce fut le cas en juillet dernier à la fin de la sup’, l’ambiance est fort étrange en ce jour si spécial. Derrière quelques rictus se cachent l’amertume, les regrets, la nostalgie et parfois même l’angoisse : l’avenir qui se dessine de plus en plus clairement sous nos yeux reste bien flou. Les concours approchent à grand pas et peu importe que l’on souhaite une simple admissibilité pour rejoindre la fac, que l’on ait envie d’intégrer par tous les moyens pour quitter la prépa coûte que coûte ou que l’on souhaite obtenir une école qui nous tient vraiment à coeur, l’obsession des épreuves qui arrivent est visible dans tous les yeux ou presque.

Ces deux années, qui nous paraissaient être une éternité lors de notre arrivée ici, qui parfois nous semblèrent une épreuve aussi insurmontable qu’interminable arrivent désormais à leur terme, laissant place à un amas d’acronymes qui se ressemblent tous ENSGI, ENSIETA, ENST, tout cela peut paraître bien complexe pour le commun des mortel, mais rassurez-vous, ça l’est aussi pour le taupin ordinaire lâché dans la jungle des écoles. Résonnent également des noms à la consonance moins lointaine puisqu’il s’agit d’intitulés de concours : e3a, CCP, Centrale, Mines ou que sais-je encore. Plus que deux semaines pour revoir le programme parcouru en deux années bien remplies et l’on se jette à l’eau, le concours Mines-Ponts en tête. Cela promet…

Enfin et surtout, dans les yeux de chacun on peut facilement déceler l’espoir d’un dessein conforme à ses aspirations couplé à la tristesse de ne pas revoir certaines personnes. Car au delà de toutes les difficultés surmontées, de la charge de travail et de toutes les connaissances assimilées, la prépa est avant tout une expérience humaine, faite de rencontres extra-ordinaires. Des professeurs incroyablement proches des élèves aux amis avec qui on a partagé la folie engendrée par cette aventure, tous resteront gravés à jamais dans notre tête à côté de souvenirs inoubliables et de délires inavouables.

Tout ceci a contribué à forger ce que nous sommes tous devenus aujourd’hui. La prépa est une expérience qui ne laisse ni indemnes, ni indifférents ceux qui la suivent. Une expérience à vivre assurément que je ne regretterai jamais. Il faut cependant aller de l’avant désormais et l’ambition sera mon principal moteur pour les semaines à venir. Si jamais elle se soldait par un échec, caractérisé par le fait d’avoir visé une école peut-être inaccessible au niveau qui est le mien, ce dernier ne serait que temporaire car je pense que je n’hésiterai pas à re-signer pour une année, de manière à obtenir ce qui me tient à coeur. Car au delà de l’ambition qui est mienne, se cache l’obstination.

Mais désormais je dois oublier tout ce dont je viens de vous parler pour me concentrer sur l’essentiel. Désormais je dois courir, droit devant, jusqu’à la ligne d’arrivée sans même me préoccuper de mon temps ou de ma place, juste en donnant le meilleur de moi-même. Il sera bien temps de se préoccuper de mes performances après la course. Juste une petite course de 5 semaines. Ce n’est pas grand chose après tout… ;-)