C'est devenu une nouvelle mode : maintenant, tout le monde partage des infographies ou dataviz pour "data-visualisation". Plus facile à appréhender et plus sexy qu'un long texte, quelques graphiques ou une mise en forme bien pensée d'une information pertinente peut servir à faire passer un message de manière plus pertinente et plus virale qu'un article bien conçu. Il serait dommage de se priver de ce moyen de communication.

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Cependant, l'avalanche de données qui circulent pendant quelques jours sur nos écrans finit inévitablement par se perdre au fin fond du web. Données non commentées ou périssables, images non référençables, il serait peut être temps de redonner un peu de sens aux infographies...

Les données se périment

Bien souvent, les personne mettant en forme les données et diffusant leurs infographies résultantes oublient que celles-ci sont le reflet d'une observation à un instant t. Cependant, les données mises en ligne reste disponibles à la consultation pendant plusieurs années en général, ce qui fait qu'on peut facilement tomber sur des infographies non datées et au contenu totalement périmé.

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Même Intel est tombé dans ce travers avec l'infographie ci-dessus publiée en mars 2013 et décrivant l'activité sur Internet et les réseaux sociaux "aujourd'hui" sans penser que nous pourrions peut être la consulter "demain". A l'heure où ces chiffres augmentent de façon exponentielle, loi de Moore oblige, l'ordre de grandeur de ces données pourrait bien changer très rapidement et ces données peuvent être rapidement erronées.

Sans contexte, les données même bien mises en forment perdent de leur valeur informative, c'est pourquoi il est nécessaire non seulement de les dater mais de citer les sources pour qu'on puisse comprendre comment et dans quel contexte ces données ont été générées.

Les images sont muettes

Les images ont beau être jolies, elles comportent un intérêt sémantique limité pour tous ceux qui ne savent pas les interpréter. En effet, malgré des progrès constants dans le domaine de l'OCR (Optical Character Recognition), tous les robots n'arrivent pas encore à déchiffrer les infographies, que ce soit à des fins de référencement ou de synthèse vocale (encore plus difficile). En somme, les images parlent beaucoup moins que les mots.

Une légende, même bien complétée ne peut pas remplacer la compréhension et l'analyse d'une image en terme de référencement et d'accessibilité. En absence de solution viable, il est nécessaire de publier des compléments d'informations textuels qui décrivent le contenu de l'image et l'expliquent.

Je suis également partisan de la création d'un nouveau standard qui permettent de mettre en page des données stockées sous un format JSON ou XML sous la forme de graphiques mis en forme via une feuille de style dérivée des CSS enrichie au SVG, le tout étant interprété par le navigateur. On peut imaginer alors que, même sans pouvoir analyser et comprendre les données, un robot peut référencer facilement le titre du graphique, les axes et légendes, ce qui donne une change d'améliorer le référencement naturel des dataviz.

Quand l'image dessert le message

Enfin, il existe des cas, heureusement moins fréquents, pour lesquels la mise en forme tue le message. Les données incomplètes ou rendues illisibles/incompréhensibles par un choix esthétique douteux brouillent le message final. On n'y comprend plus rien et on abandonne la lecture soit parce qu'il manque des informations (échelles, légendes) ou parce que le message n'est pas limpide.

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Tout cela me rappelle un article du site Harvard Business Review qui fait le comparatif entre "Pretty" (joli) et "Pretty effective" (plutôt efficace) en comparant deux mises en forme des mêmes données, l'une devenue jolie mais illisible, l'autre plutôt moche mais carrément plus efficace. Le Nouvel Obs, qui publie régulièrement des dataviz, tombe régulièrement dans cet excès de zèle qui fait que le message qu'ils veulent passer s'autodétruit, et c'est bien dommage.

Illustrer le web

Il est à mon avis important de diffuser des bonnes pratiques concernant la conception d'infographies comme ce fut le cas il y a quelques années concernant la conception de sites Web. Aujourd'hui la qualité globale des sites s'est améliorée, avec davantage d'accessibilité et de sémantique, mais l'avènement de nouvelles mises en forme de données nous fait retomber dans de nouveaux travers.

En attendant l'avènement de technologies dédiées à ces nouveaux usages, il y a quand même un certain nombre de bonnes pratiques à déployer dès maintenant pour redonner du sens à nos données. Titres, échelles, dates, références et descriptifs doivent venir compléter les données de manière à ce qu'elles conservent tout leur sens : ça ne coûte rien et ça peut nous faire gagner beaucoup.