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Tribulations d'un geek...

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24 juillet 2008

Rubrique nécrologique...

Réveil en sursaut. Je jette un bref coup d'oeil sur l'écran digital du réveil sur lequel les chiffres rouges sang affichent péniblement deux heures et huit minutes. Une nuit de plus écourtée par ce rêve, ou plutôt ce cauchemar. C'est toujours le même depuis deux mois, deux longs mois durant lesquels je n'ai pas passé une nuit entière et paisible. Je crois avoir trouvé ce qu'il y a de pire que l'insomnie : cette réaction jugée normale par cet abruti de psy qui me suit quasi quotidiennement depuis près de 60 jours et qu'il nomme "choc post-traumatique". Deux mots. Deux simples mots, ou du moins un simple et un composé qui lui donnent une raison qu'il juge suffisante pour me faire déplacer trois fois par semaine dans son bureau et ainsi empocher les cinquante cinq euros des trois-quarts d'heures de consultation totalement inutiles qu'il me fait passer. Encore un charognard qui mériterait qu'on lui plante un long couteau de boucher dans le dos pendant son sommeil.

Le pauvre... S'il avait vent des pensées que je viens de formuler, je serais bon pour une psychanalyse aussi complète que possible, d'une durée minimale de quelques décennies, avec camisole et cellule capitonnée à la clé, le tout à mes frais bien sûr. Malheureusement pour lui, je ne suis pas encore assez fou pour trahir mes propres tendances psychopathes devant un psy. Enfin, heureusement que le divan est confortable étant donné que le nombre d'heures que j'ai passé dessus ces derniers temps dépasse allègrement celles que j'ai pu passer confortablement allongé dans mon lit, les yeux fermés, le sommeil lourd et l'esprit vide de toute pensée.

Assis sur le rebord du lit, en nage, le regard porté vers la fenêtre où la lumière émanant de la lune dessine le contour du vieux chêne sexagénaire planté dans le jardin, j'avale une poignée de ces cachets prescrits par l'autre dingue. Antidépresseurs, somnifères, extazy, va savoir ce que c'est. Peu importe d'ailleurs. Je veux dormir. Je veux oublier. Oublier cette marre de sang, ce visage défiguré, ces dernières paroles; oublier cette peur qui s'installe en moi chaque fois que j'y repense et qui me donne la chair de poule chaque nuit, à chaque cauchemar que je fais. Malheureusement ce sera difficile d'oublier, ou du moins, ce sera long, je le sais.

Chaque fois que je repense à son regard, son sourire, sa bonne humeur perpétuelle, la colère s'empare de moi et surplombe la tristesse sous-jacente qui jamais n'effleure la surface. Les larmes ne me viennent plus. Le temps ne les ramènera pas plus qu'il n'atténue la rage qui est mienne. Une seule chose ne pourra jamais l'atténuer; l'unique calmant qui s'offre à moi n'est pas acceptable aux yeux de la justice. Faire justice soi-même n'est pas une option envisageable, il s'agit tout juste un rêve de gosse qui s'identifie à ses héros de dessins animés préférés une fois la nuit tombée et les étoiles étincelantes.

Rangée la batmobile à l'échelle 1/10ème, rangés les légos et autres playmobiles, rangés les déguisements pour mardi gras, ceci n'est plus un jeu. Je ne suis plus un enfant, et je sais exactement quels dégâts peut causer une balle de .357 Magnum tirée à 2 mètres de distance, directement logée dans l'estomac avec un angle d'incidence de 10,5°. A moins que vous ne préfériez connaître la durée de l'agonie causée par un coup de couteau à la lame d'une longueur de 21cm, perforant le poumon gauche avec l'exercice d'une pression constante de 200 Newtons par centimètre carré. Pour votre gouverne, sachez que la seconde mort, provoquée par l'étouffement du sujet est plus rapide de 37 secondes par rapport à la première. La manière la plus cruelle d'en finir avec un homme restant sans conteste le fait de le laisser se faire dévorer vivant par tout type d'animal aux canines acérées jusqu'à ce que l'hémorragie ait raison de lui.

Rassurez-vous, ces morts je les ai toutes expérimentées, mais pas par moi-même. Avant que l'idée de me faire interner, de me laisser une place de choix sur la chaise électrique ou encore de me loger une cartouche de 22 Long Rifle entre les deux yeux ne vous traverse l'esprit, laissez-moi m'expliquer. Lisez "docteur" sur l'étiquette qui orne ma belle blouse blanche, ou du moins qui était d'un blanc éclatant avant que mon dernier patient n'ai eu la fâcheuse idée de se vider de son sang après un malheureux coup de scalpel mal placé. Dommage que ce patient au teint si livide fut déjà décédé depuis trois heures lorsque ceci est arrivé, sinon ça lui aurait valu une belle mort.

Ho, ai-je oublié de vous parler de ma spécialité ? Depuis que je suis tombé nez à nez avec mon premier cadavre à l'âge de onze ans, je n'ai jamais réellement décroché. Mon job est de deviner ou plutôt d'élucider les causes de la mort de mes clients. On me surnomme très amicalement le croquemort, mais je préfère de loin mon étiquette de médecin légiste. Misanthrope antipathique à l'humour aussi noir que le regard, ma présence insupporte la plupart des personnes qui se situent à moins de cinq cent mètres de ma dépouille et ma passion pour les crimes est incomprise de tous. Quoi de plus beau cependant qu'un cadavre baignant dans une marre de sang, le tout accompagné d'une odeur putride qui met généralement à mal n'importe quel spectateur non averti, remplaçant ce qui lui sert d'estomac par un tambour de machine à laver.

Mais où avais-je donc la tête, j'en perds mes bonnes manières : Dr Hug Johnson, pour vous servir. Bienvenue dans mon insignifiante et sanglante petite existence...

14 octobre 2007

Un dimanche soir sur la Terre...

Il commence à se faire tard et cela se voit sur les yeux du jeune homme qui commencent à se creuser. Ou plutôt qui le sont déjà depuis un long moment. Combien de temps ? Il ne le sais guère : une semaine, un mois, un an, ou peut-être plus. Peu importe d'ailleurs puisque ces valises, ces deux bagages pleines à craquer qu'il porte sous l'oeil comme il porterait un terrible fardeau sur ses épaules, il ne les voit plus : elles font partie de lui, de son visage, de sa physionomie. D'ailleurs il ne pourrait les voir que s'il se regardait dans un miroir, ce qu'il ne fait plus depuis bien longtemps. Il les fuit tout comme il se fuit lui même, il leur échappe et pour se faire il est même prêt à ne plus se raser.

Sa barbe est un peu moins âgée que ses cernes par obligations sociales. "Obligations sociales", tiens parlons-en ! Il les hait plus que tout au monde ces obligations sociales ! Misanthrope avec ça ! Les autres ne valent pas mieux que lui : ceux qui le regardent de haut, ceux qui le regardent avec pitié et ceux qui ne le regardent pas, tous sont à loger à la même enseigne. Il en vient à ne plus rien attendre d'autrui, ceux là même qui ne peuvent comprendre par là où il est passé. Il n'est ni ordinaire ni exceptionnel, ni savant ni ignorant, ni bon ni mauvais, il n'est que lui, et ce, d'ailleurs, malgré lui.

De vivre il n'a pas choisi, d'être ici non plus. Ici, ce sont ces quatre murs, ce papier peint jauni par les années qui défilent, ce plafond noirci par l'humidité d'un toit croulant et cette fenêtre en bois à la peinture écaillée qui laisse entrevoir le jour et passer le vent froid d'automne. Ici c'est également cette table faite d'un bois foncé dont il ne saurait donner le nom, mais aussi cette chaise usée, râpée et qui a du faire fasse à tant de kilos qui se sont assis sur elle avec toujours autant de dédain. Ici c'est aussi ce paysage qu'il observe à travers la fenêtre et qui est éclairé par les quelques lampadaires qui se trouvent non loin de là.

Ce paysage est fait d'énormes chênes qui chaque année, se couvrent d'une myriade de glands et qui abritent régulièrement de la pluie des enfants venus se construire une cabane au sein de leurs branches. C'est sans compter ce gazon d'un vert intense, ces fleurs au nom imprononçables mais aux couleurs si prononcées et ce soleil qui vient révéler la beauté de cet endroit dès qu'il en a la possibilité, dès que les nuages daignent cesser leur ballet pour lui laisser une petite place dans l'immense ciel qui recouvre nos têtes chevelues. Ici c'est CE paysage. A moins que ce paysage n'en soit un autre, à moins que ce paysage ne soit ailleurs, que celui qui se reflète dans ses yeux ne soit pas réellement celui qui se trouve devant lui.

En fin de compte, ce qui importe réellement c'est que ce paysage se reflète sur sa rétine et s'imprime dans son esprit. Chaque fois qu'il fermera les yeux, ce sera pour visualiser ce paysage et chaque fois qu'il les rouvrira, il s'y trouvera comme transporté. Transporté dans un monde qui est le même que celui d'avant, exactement identique à cela près que les nuances, les couleurs, les tons et les contrastes seront plus agréables à l'oeil. Quoi qu'il en soit, peu importe qu'il soit lui, peu importe que les autres soient ce qu'ils sont, peu importe que le monde soit ce qu'il est, le principal est d'avoir cette lueur qui nous fait voir les mêmes choses tout autrement. Cette lueur s'appelle l'espoir.

Le jeune homme pense qu'après tout, il va peut-être se raser demain matin.